• Série 28.12.2008 No Comments

    — « Combien y a-t-il de possibilités au 6/49? Ce n’est pas la première fois qu’on me pose cette question, mais cette fois-ci, je vais prendre le temps d’y répondre adéquatement. », enchaînai-je.

    Christophe piaffait d’impatience : on aurait dit qu’il attendait la réponse depuis le mois dernier. Notre serveur s’affairait à desservir notre table après avoir été informé que nous allions prendre quelques minutes avant de choisir un dessert.

    Nous avions mis de côté nos deux napperons de papier, non pas pour les recycler, mais bien parce que j’allais m’en servir. Après avoir *emprunté* le stylo bille de notre serveur, j’étais enfin prêt.

    — « Le truc est vraiment simple. Tu vas adorer ça. »

    Christophe manipule le français de façon surprenante pour un garçon de son âge, mais il a un truc : sa mère est linguiste. Je saisis l’opportunité qui m’est offerte d’améliorer sa maîtrise de la langue de Molière.

    — « Au fait Christophe, j’aimerais souligner qu’on utilise le mot *combinaison* lorsqu’on parle des possibilités au 6/49. Aussi, tu as dit que ma réponse n’était pas un chiffre. J’aurais préféré que tu dises que ma réponse n’était pas un nombre. Emploie le mot *chiffre* pour désigner les caractères et le mot *nombre* pour désigner les quantités. Par exemple, 256 est un nombre de trois chiffres. »

    À ce moment-ci, deux choses étaient claires dans ma tête : dorénavant, il valait mieux ne pas me tromper dans mes termes et il était grand temps que je livre le truc.

    1— « Voici le truc. Pour calculer le nombre de combinaisons possibles à la 6/49, tu as besoin de trois nombres seulement. Les deux premiers te sont donnés par le nom de la loterie : le 6 et le 49. Le troisième n’est rien d’autre que l’écart entre les deux premiers nombres : 43, c’est-à-dire 49 moins 6 ».

    Je poursuivis en griffonnant sur un napperon.

    — « Ensuite, avec tes trois nombres, tu fais un sandwich équilibré en déposant le 49 par dessus le 43 et le 6.

    Tu remarqueras que la somme des deux nombres du bas, 43 plus 6, est égale au nombre du haut, 49. C’est pour ça que je parle de sandwich équilibré. De plus, c’est facile à retenir. », dis-je en encerclant mon petit gribouillis.

    2— « Pour compléter, tu ajoutes la garniture magique : des points d’exclamation après chaque nombre sans oublier un petit x judicieusement placé dans un endroit stratégique. Et voilà le résultat!!. », dis-je triomphalement.

    Après un bref silence, un petit sourire fit lentement son apparition sur le visage de Christophe.

    — « Pourquoi ai-je la bizarre impression que tu te payes ma tête? », dit-il.

    — « C’est peut-être parce que je sais que tu ne connais pas la signification du point d’exclamation et que je m’amuse à tourner autour du pot. », dis-je en rigolant.

    — « Ce qui est le plus drôle, c’est que tu aurais pu apprendre ça au primaire, mais ne t’en fais pas, je l’ai appris au CEGEP! Choisissons-nous un dessert et je vais te présenter l’opérateur factoriel. »

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  • Série 28.12.2008 No Comments

    — « Sais-tu combien il y a de possibilités au 6/49? »

    Mon filleul Christophe et moi étions attablés sur une terrasse par une belle journée du mois d’août. Christophe, adolescent en pleine expansion physique, avait terminé son hamburger depuis belle lurette et s’adonnait maintenant à un de ses passe-temps favoris : la pêche aux frites dans une mer de ketchup.

    — « Oui, je le sais. Je connais même la réponse par coeur. », lui répondis-je.

    Je profite toujours du temps que je passe avec Christophe pour m’assurer que les choses se passent bien dans sa vie et si l’occasion se présente, j’aborde aussi des sujets plus sensibles comme la sexualité ou le suicide.

    Parfois, nos discussions prennent une direction imprévue. Cette journée-là, on apprenait le suicide d’un jeune père de famille, joueur compulsif, qui croulait sous des dettes de jeu. De fil en aiguille, nous en étions venus à parler de loteries.

    — « Y en a combien? », demanda Christophe après un bref silence.

    Christophe avait interrompu sa partie de pêche, intrigué que je connaisse la réponse. Ayant mordu une première fois dans mon hamburger, je décidai de frapper un grand coup, car j’avais besoin de temps pour terminer ma première bouchée.

    — « Le nombre de possibilités est égal à… factorielle de 49 divisée par factorielle de 43 multiplié par factorielle de 6!! », annonçai-je le plus naturellement du monde.

    Le silence qui s’ensuivit fut d’une longueur suffisante pour me donner le temps d’avaler une bonne rasade de bière.

    — « Mais ce n’est pas un chiffre ça! », protesta Christophe une fois l’effet de surprise passé.

    À son âge, pas question pour Christophe de reconnaître qu’il n’avait rien compris de ce que je venais de dire.

    « Au contraire », rétorquai-je, « c’est un nombre », en prenant bien soin de ne pas souligner l’emploi du mot *factorielle* dans ma réponse.

    Profitant d’une autre pause, j‘avalai une seconde bouchée de mon hamburger au porc et confit de pommes et j’enchaînai sans tarder :

    « En fait, c’est facile à compter quand on connaît le truc! Laisse-moi finir mon hamburger et je vais te le montrer. »

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